La difficulté de demander de l’aide
Il n’est pas toujours facile de demander de l’aide lorsqu’on fait face à la consommation excessive d’alcool d’un proche. Pour certaines personnes, cela peut même prendre des années avant que le sujet ne soit abordé, même avec des personnes de confiance que l’on voit au quotidien. Beaucoup de raisons permettent de comprendre cette hésitation.
L’un des principaux freins à cette demande est la honte et la peur du jugement des autres. Les nombreux préjugés qui entourent encore les personnes ayant une difficulté de consommation peuvent en effet pousser à cacher la situation plutôt qu’à en parler.
Cela peut aller de pair avec l’idée que ce n’est un problème qui ne concerne que soi-même, et pas son entourage. On se dit alors que c’est à nous d’agir, et non à sa famille et à ses ami·es. Tout cela peut aussi s’accompagner d’un sentiment de loyauté envers son ou sa proche, le sentiment qu’on doit garder son secret car cela le ou la concerne.
Pour d’autres, on se dira plutôt que le problème ne concerne justement que le ou la proche concerné·e, et que la situation n’a pas vraiment d’impact sur soi. Autrement dit : “si c’est elle ou lui qui a un problème, pourquoi devrais-je, moi, demander de l’aide ?”.
Pourtant, comme nous l’avons vu, avoir un proche·e ayant une consommation d’alcool problématique a bien souvent des répercussions importantes sur le bien-être, la santé et la vie quotidienne de son entourage. Dans ce contexte, demander de l’aide, que cela soit à un·e ou plusieurs proches ou à un·e professionnel de santé peut réellement faire la différence.
→ En savoir plus sur les conséquences sur l’entourage.
En aucun cas demander de l’aide ne signifie abandonner son ou sa proche ou même le trahir, bien au contraire. En étant écouté·e, soutenu·e, accompagné·e, on peut prendre au mieux soin de soi et se protéger, et retrouver une présence juste et efficace pour son ou sa proche, sans pour autant s’oublier soi-même.
En parler à un·e ou plusieurs personne(s) de confiance
Face à cette situation, l’une des premières étapes n’est pas nécessairement de consulter un·e professionnel·le de santé. Pour beaucoup de personnes, il peut être plus simple de commencer par s’adresser à un ami·e, un frère ou une soeur, ou même toute autre personne avec qui on se sent suffisamment en confiance (voisin·e, parent, collègue).
Parler n’est pas nécessairement synonyme de rechercher une solution. Avant toute chose, il s’agit de pouvoir mettre des mots sur son vécu, d’exprimer son ressenti et son point de vue et de se voir écouté·e et compris·e. De cette façon, on peut mieux prendre du recul, mais aussi comprendre plus précisément ce que l’on ressent.
Parler à ses proches, c’est aussi un moyen de sortir de l’isolement, réel ou ressenti, qu’une telle situation peut entraîner. Cela peut aussi être l’occasion de savoir que l’on peut compter sur quelqu’un en cas de besoin voire en cas de situation urgente, même si cela ne se produit pas dans les faits.
Il est possible que certaines personnes ne réagissent pas de la manière que l’on aurait souhaitée dans cette situation. Certain·es pourraient donner le sentiment de minimiser ou de ne pas prendre toute la mesure de ce que l’on raconte, quand d’autres auront du mal à comprendre ou donneront des conseils non-sollicités. Choisir une personne avec qui on se sent en confiance et qui saura écouter sans jugements est donc particulièrement important.
Notons également qu’on a toujours le choix de ce qu’on partage ou non, et du moment auquel on le partage. Parfois, on est simplement pas encore prêt·e à se confier sur la situation à un moment donné. L’idée n’est alors pas de voir le fait de s’ouvrir comme une injonction, mais plutôt comme une possibilité pour un moment où on se sent davantage à l’aise de le faire.
Demander de l'aide à un·e professionnel·le de santé
Il est aussi possible de demander de l’aide à un·e professionnel·le ou à une structure spécialisée dans l’accompagnement des proches de personnes consommatrices. À noter qu’il n’est pas obligatoire pour cela que la personne ayant un problème de consommation bénéficie elle-même d’un suivi.
Le fait de consulter un·e professionnel·e de santé n’est pas forcément facile. Certaines personnes le vivront comme un échec ou comme un dernier recours. Pourtant, un accompagnement peut au contraire être un moyen d’agir efficace pour préserver son équilibre et éviter que la situation ne devienne trop lourde à porter.
Il n'est jamais trop tôt ou trop tard pour consulter. Que l'on se pose des questions ou qu’on ait besoin d’être écouté·e et accompagné·e, le rôle des professionnel·es de santé est d’apporter un regard extérieur, des informations fiables et un soutien adapté à la situation que l’on vit.
Médecins généralistes
Consulter un médecin généraliste peut constituer une première aide. S'il s'agit du médecin traitant, c'est l'occasion d'aborder le sujet, parfois pour la première fois, et de pouvoir être écouté·e, conseillé·e et éventuellement orienté·e vers un·e autre professionnel·le de santé, comme un·e psychologue. Cela peut aussi permettre d'avoir davantage d'informations sur l'alcool et la consommation problématique.
Psychologues clinicien·nes
Les psychologues clinicien·nes sont des professionnel·les de la santé mentale formé·es à la compréhension des mécanismes psychologiques. Leur rôle est d’accompagner les personnes dans l'exploration de leurs pensées, de leurs émotions, de leurs croyances et de leurs modes de fonctionnement.
Les psychologues proposent un accompagnement sans jugement, adapté au rythme de chaque personne, dans un cadre confidentiel. Pour beaucoup, cette rencontre représente la première occasion de parler librement de leur consommation d'alcool, sans honte ni culpabilité.
En tant que proche de personne consommatrice d'alcool, cet accompagnement peut être un lieu pour parler de la situation, du ressenti qui l'accompagne et de ses difficultés. Cela peut aussi être l'occasion de réfléchir à des manières de prendre soin de soi, ou à se reconnecter à ce qui est important pour soi.
Ces dernières années, l'offre de soins psychologiques a été renforcée afin de la rendre plus accessible. Il existe aujourd'hui des psychologues conventionnés dont les consultations sont prises en charge par l'INAMI et qui proposent un meilleur remboursement. À Bruxelles, ces psychologues sont répertoriés sur la plateforme PsyBru.
Aide par téléphone
Les groupes de parole pour l’entourage
Une troisième option est celle des groupes de parole à destination de l’entourage. Ils visent à offrir un espace d’échange entre des personnes qui vivent ou ont vécu des situations similaires avec un·e proche. Ils permettent à la fois de rompre l’isolement, mais aussi de partager son expérience et d’écouter celle des autres, sans jugement et en toute confidentialité.
Il existe différents types de groupes de paroles, certains animés par des professionnel·les et d’autres par des personnes qui ont elles-même été confrontées à la consommation d’un proche et à ses conséquences.
Se rendre à un groupe de parole peut amener des questionnements. On peut par exemple avoir peur du fait de devoir prendre la parole devant des personnes que l’on ne connaît pas. Mais il n’est pas nécessaire de prendre la parole dès la première séance : on peut simplement venir écouter, observer et se familiariser avec le fonctionnement du groupe. Parfois, le simple fait de réaliser que l’on n’est pas seul·e à traverser ce type de difficultés peut être un vrai soulagement.
Au fil des échanges, les groupes de parole permettent d’abord une meilleure compréhension des mécanismes de la consommation problématique et de la dépendance. Ils permettent aussi de se sentir compris, en partageant une expérience commune avec d’autres, et ainsi de prendre du recul. À travers le partage d’expériences certes différentes mais en lien avec la consommation d’un proche, on peut ainsi retrouver l’espoir que les choses changent, malgré la difficulté.
| À retenir : Demander de l’aide peut s’avérer très difficile, la honte ressentie étant d’ailleurs l’un des principaux facteurs qui peuvent pousser à dissimuler la situation. Un premier pas vers une demande d’aide peut consister à se tourner vers des personnes de confiance afin d’exprimer ses difficultés. On peut également s'adresser à un professionnel de santé, comme un médecin généraliste ou un psychologue, en présentiel ou par téléphone. Certaines structures proposent également des groupes de parole pour les proches. |