Le corps et la quantité consommée ne suffisent pas à expliquer le rapport que l’on peut avoir avec l’alcool. L’histoire personnelle, les émotions, les pensées et la capacité à les gérer influencent également la manière dont l’alcool prend place dans votre vie.
Ces facteurs se construisent et évoluent au fil du temps, ce qui explique pourquoi une même situation peut conduire deux personnes à des réactions très différentes. Mieux les comprendre permet aussi d’identifier ce qui influence sa propre consommation et d’envisager d’autres façons d’y répondre.
Le rôle de l’histoire de vie
L’histoire personnelle contribue à façonner le rapport que l’on a à l’alcool, notamment les événements difficiles, pertes et changements importants. Sans expliquer entièrement l’installation ou le maintien d’une consommation d’alcool, ces éléments peuvent jouer un rôle important.
L’environnement familial
L’environnement familial, notamment pendant l’enfance, joue également un rôle. C’est par exemple le cas de la place qu'occupe ou qu’a occupé l’alcool dans la famille, des habitudes observées, des messages transmis ou encore des modèles parentaux que l’on a eus. Lorsqu’on a, par exemple, eu pour habitude de voir ses parents consommer en quantité importante de manière fréquente, en mettant en avant des aspects positifs de la consommation, on peut avoir été marqué et influencé à minimiser soi-même les effets négatifs de la consommation.
Les apprentissages
Au fil du temps et de son développement, chacun·e tend à développer des apprentissages et des associations. On peut par exemple apprendre à associer l’alcool à la détente, à la fête, à la sociabilité ou à l’inverse à un moyen de soulager des difficultés. Les expériences passées avec l’alcool, qu’elles aient été agréables ou négatives, peuvent également influencer vos attentes et vos comportements futurs.
Le développement de stratégies d’adaptation
Enfin, chacun développe, au fil de son histoire et de ses expériences, différentes façons de faire face aux difficultés et aux situations stressantes : c’est que les psychologues nomment “coping” ou “stratégies d'adaptation”.
Ces stratégies sont nombreuses et une même personne peut en mobiliser plusieurs selon les situations. Il peut s'agir, par exemple, de rechercher du soutien auprès de ses proches, d'exprimer ses émotions, de pratiquer une activité physique, de prendre du recul, mais aussi d'éviter certaines situations ou de consommer de l'alcool pour tenter d'apaiser une émotion difficile. Les stratégies de coping se construisent progressivement au fil des expériences de vie, des apprentissages et des ressources propres à chacun, tout en pouvant évoluer avec le temps. Elles contribuent à expliquer pourquoi, face à une même situation, deux personnes peuvent réagir différemment et entretenir des rapports différents avec l'alcool.

Les émotions et le stress
L’influence des émotions sur l’expérience de consommation
Les émotions peuvent influencer fortement la manière dont une personne consomme de l’alcool. Une même quantité d’alcool ne sera pas forcément recherchée ni vécue de la même façon selon l’état émotionnel dans lequel on se trouve. Certaines personnes auront davantage envie de boire lorsqu’elles sont stressées, anxieuses, seules, tristes, frustrées ou ennuyées, tandis que d’autres pourront surtout associer l’alcool aux moments de plaisir, de fête ou de détente.
De même, l’état émotionnel peut influencer la manière dont l’alcool agit et est vécu. Une personne qui boit alors qu’elle est déjà très anxieuse, fatiguée ou triste peut ressentir des effets différents d’une personne qui consomme dans un contexte de détente et d’humeur positive. Les émotions, les attentes et le contexte psychologique contribuent ainsi à la façon dont chacun perçoit les effets de l’alcool.
L’alcool comme manière de gérer des émotions
L’alcool peut alors être utilisé pour modifier ce que l’on ressent : se détendre, diminuer une tension, prendre davantage confiance en soi, oublier temporairement une difficulté ou faciliter les relations avec les autres. Avec le temps, ces associations peuvent devenir de véritables habitudes : « quand je suis stressé, je bois » ou « quand je veux profiter de la soirée, je bois ».
Cela permet de comprendre pourquoi deux personnes peuvent consommer la même quantité d’alcool et en faire des expériences très différentes. Pour l’une, l’alcool peut principalement être associé au plaisir et à la convivialité ; pour l’autre, il peut être devenu un moyen de soulager une émotion difficile. Dans ce dernier cas, la consommation risque progressivement de prendre une place plus importante dans la régulation des émotions.

Les pensées et les croyances
Votre manière de penser l’alcool influence également notre façon de le consommer. Au fil de vos expériences, vous développez des attentes et des croyances sur ce que l’alcool va vous apporter : « un verre ne peut pas faire de mal », « je l’ai bien mérité », « je serai plus à l’aise » ou encore « je ne peux pas passer une bonne soirée sans boire ».
Certaines de ces pensées deviennent tellement familières qu’elles peuvent surgir automatiquement, sans être réellement questionnées. Elles donnent alors l’impression que boire est évident, nécessaire ou inévitable. Deux personnes peuvent ainsi être confrontées à la même situation, mais avoir des pensées très différentes à propos de l’alcool et donc faire des choix différents.
Vos attentes peuvent aussi nous amener à surestimer les effets positifs de l’alcool et à minimiser ses conséquences négatives. On peut garder en mémoire le plaisir ou la détente ressentis après les premiers verres et oublier progressivement les épisodes moins agréables qui ont suivi. Ces « attentes » peuvent alors devenir déconnectées de ce qui se passe réellement.
Enfin, certaines pensées bloquantes peuvent renforcer la consommation : « je dois boire », « je ne peux pas refuser », « maintenant que j’ai commencé, autant continuer ». À l’inverse, des pensées plus nuancées peuvent faciliter le changement : « j’ai envie de boire, mais je n’en ai pas besoin » ou « je peux passer un bon moment sans alcool ».
Ainsi, vos croyances, nos attentes et vos pensées automatiques contribuent à expliquer pourquoi l’alcool n’occupe pas la même place dans la vie de chacun.
→ En savoir plus sur les pensées et croyances.

Capacité d’autorégulation
Nous n’avons pas tous et toutes la même facilité à gérer nos envies, nos impulsions et nos comportements. Certaines personnes parviennent plus facilement à faire une pause, à réfléchir à leurs objectifs et à choisir leur comportement, même lorsqu’elles ont envie de boire. Pour d’autres, il peut être plus difficile de résister à une envie immédiate ou de s’arrêter une fois qu’elles ont commencé à boire.
Cette capacité d’autorégulation peut aussi varier selon les circonstances. La fatigue, le stress, une forte émotion ou une situation tentante peuvent amoindrir nos moyens habituels de gérer l’envie d’alcool
L’autorégulation peut s’apprendre et se renforcer à tout âge. Il existe des méthodes pour compléter sa “boîte à outils”. Au final, elle vous aide à repérer les situations à risque, faire une pause avant d’agir, différer une envie ou mettre en place d’autres réponses. Elle permet ainsi de mieux aligner ses comportements avec ses objectifs, plutôt que de simplement suivre l’envie du moment.
| À retenir : Divers facteurs psychologiques influencent notre manière de consommer de l'alcool. Notre histoire personnelle, notre environnement familial et son rapport à l'alcool, nos apprentissages personnels ainsi que nos stratégies de coping constituent des éléments importants. L'état émotionnel dans lequel nous nous trouvons, ainsi que nos pensées et nos attentes, jouent également un rôle, tout comme nos capacités d'autorégulation. |