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Les émotions au quotidien

Composer avec les émotions désagréables

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Les émotions font partie de la vie. Certaines sont agréables, d’autres peuvent être difficiles à vivre, surtout lorsqu’elles prennent beaucoup de place. Il n’est pourtant pas toujours nécessaire de chercher immédiatement à les faire disparaître. Une autre possibilité consiste à leur faire une place, sans les juger et sans chercher à lutter contre elles.

Une émotion intense peut être observée comme une sensation qui apparaît, évolue puis finit par changer. Il peut être utile de porter attention à l’endroit où elle se manifeste dans le corps : une boule dans la gorge, une pression dans la poitrine, une tension dans les épaules… Une main peut être posée sur cette zone et la respiration ralentie. L’objectif n’est pas de faire disparaître l’émotion, mais simplement de rester en contact avec ce qui est ressenti sans devoir immédiatement agir dessus.

Cette manière de faire demande de l’entraînement. Elle peut être plus facile à expérimenter dans des moments relativement calmes, avant d’avoir à l’utiliser lorsque l’émotion est très intense.

Prendre de la distance avec certaines pensées

Lorsqu’une émotion est forte, certaines pensées peuvent sembler être des vérités absolues :

  • "Je suis nul·le"
  • "Je ne vais jamais y arriver"
  • "C’est trop pour moi"
  • "Il faut que je boive pour que ça passe"

Une manière de prendre un peu de distance consiste à ajouter "je pense que…" devant la pensée. "Je suis nul·le" devient ainsi "je pense que je suis nul·le" puis "Je constate que je pense que je suis nul·le".

Cette petite modification permet de rappeler qu’une pensée est une pensée, et non nécessairement une réalité ou une vérité sur soi.

Se parler comme à une personne importante

Dans les moments où une émotion prend beaucoup de place, il peut être utile d’imaginer qu’une personne proche traverse exactement la même situation. Que lui dirait-on ? Comment chercherait-on à l’encourager ?

Ces mêmes paroles peuvent ensuite être adressées à soi-même :

  • "Il est possible de traverser ce moment"
  • "Ce qui est ressenti est intense, mais cela va évoluer"
  • "Il n’est pas nécessaire de tout régler maintenant"

Cette attitude peut être particulièrement importante dans une démarche de changement. La culpabilité et les jugements sévères envers soi-même ajoutent souvent une difficulté supplémentaire à une situation déjà chargée émotionnellement.

Quand la tristesse prend beaucoup de place

La tristesse peut donner envie de s’isoler ou de ne plus rien faire. Pourtant, rester complètement seul·e avec ce qui est ressenti peut parfois renforcer le sentiment de vide.

Il peut être utile de laisser une place à la tristesse sans chercher immédiatement à la faire disparaître. Les larmes peuvent venir, et il n’est pas nécessaire de les retenir. Laisser la douleur et le chagrin "être ce qu’ils sont" pendant un moment peut aider à alléger ce qui est ressenti à l’intérieur.

Il peut aussi être important de rechercher du réconfort : prendre une douche chaude, se glisser sous une couverture, préparer une boisson chaude, écouter une musique apaisante ou rechercher la présence d’une personne avec qui l’on se sent bien. Certaines personnes trouvent également utile de faire sortir ce qu’elles ressentent en criant au son de la musique ou dans un coussin, par exemple, si elles ont peur de déranger.

Laisser une place à la tristesse ne signifie pas rester seul·e avec elle. La présence des autres peut aussi apporter une forme de consolation.

Quand la colère prend beaucoup de place

La colère peut signaler qu’une limite a été dépassée ou qu’une situation ne convient plus. Elle mérite donc d’être écoutée, mais cela ne signifie pas qu’il faut agir immédiatement sous son influence.

Une première étape peut être de prendre de la distance avec la situation. Sortir quelques minutes, marcher ou attendre avant de répondre peut éviter que la tension ne s’amplifie.

Lorsque le calme revient, différentes possibilités peuvent être envisagées : parler de ce qui s’est passé, poser une limite, demander quelque chose, prendre de la distance ou simplement reconnaître que certaines situations ne peuvent pas être changées.

Il peut aussi être utile d’écrire ce qui est ressenti, par exemple dans une lettre qui ne sera pas envoyée. Cela permet parfois de faire face à la colère et de clarifier ce qui se joue avant d’avoir une discussion avec la personne concernée.

Il n’est pas toujours possible de "garder le contrôle" sur les émotions, même lorsque l’on travaille à mieux les comprendre. Parfois, cela peut faire du bien d’appuyer sur pause, surtout lorsque les émotions sont très intenses.

Quand une situation peut être changée

Certaines émotions peuvent aussi être le signe qu’il est nécessaire de passer à l’action et de prendre en main des situations qui peuvent être modifiées.

Le mécontentement, la frustration ou la colère peuvent signaler que quelque chose ne "colle pas" dans une situation. Il peut alors être utile de se demander ce qui pourrait être fait pour la modifier, plutôt que de chercher uniquement à faire disparaître l’émotion.

Cela ne signifie pas que toutes les situations peuvent être changées. Certaines ne dépendent pas de soi. Dans ce cas, accepter ce qui ne peut pas être modifié peut permettre de réfléchir à ce qui peut l’être : prendre de la distance, poser une limite, demander du soutien ou changer progressivement sa manière de faire face à la situation.

Ne pas laisser l’ennui créer un vide

Réduire ou arrêter l’alcool peut aussi laisser du temps libre et parfois un sentiment de vide. Certaines habitudes disparaissent : boire en rentrant du travail, passer une soirée à boire devant la télévision, retrouver certaines personnes autour de l’alcool…

Ce vide peut donner envie de reprendre les anciennes habitudes. Il peut donc être utile de réfléchir à ce qui peut progressivement prendre cette place : pratiquer un sport, retrouver des proches, reprendre un hobby, découvrir une nouvelle activité, sortir davantage, faire des projets, se consacrer à un projet personnel, participer à des activités culturelles ou créatives, apprendre quelque chose de nouveau ou simplement faire des choses agréables.

L’objectif n’est pas seulement de remplir chaque minute pour éviter de penser à l’alcool. Il s’agit plutôt de retrouver d’autres sources de plaisir, de détente, de stimulation, de lien et de satisfaction.

Réduire ou arrêter l’alcool ne consiste donc pas uniquement à retirer quelque chose du quotidien. Il s’agit aussi de reconstruire progressivement un quotidien qui contient suffisamment de choses agréables, intéressantes ou qui donnent du sens.

Les émotions difficiles peuvent parfois donner envie de revenir aux anciennes habitudes. Apprendre à leur faire une place, prendre de la distance avec certaines pensées, se parler avec davantage de bienveillance et trouver d’autres façons de prendre soin de soi peut aider à traverser ces moments sans devoir immédiatement agir sur ce qui est ressenti.