Si les conséquences de la consommation excessive d’alcool touchent d’abord la personne consommatrice, il est important de prendre en compte les nombreuses conséquences pour l’entourage. Parents, enfants, conjoint·es, ami·es : la consommation d’alcool peut avoir un impact sur chacun·e. Ces conséquences sont diverses et peuvent affecter tous les aspects de la vie des proches.
Les conséquences sur les relations
Tensions et difficultés de communication
Les tensions peuvent devenir plus fréquentes, en particulier lorsque le sujet de la consommation d'alcool et de ses conséquences est abordé.
Face aux inquiétudes exprimées par les proches ainsi qu’aux éventuelles plaintes autour des conséquences de la consommation, on peut faire face à un refus de communiquer, voire à des réactions de colère.
À force de répéter les mêmes schémas de conversations, on peut en arriver à éviter le sujet, voire même la personne, de crainte de devoir faire face à la consommation et à ses conséquences. La distance se crée alors avec le ou la proche, que l’on soit conjoint·e, parent, enfant, ami·e.
Les conséquences au sein de la famille
Ces tensions peuvent se répercuter au-delà des relations interpersonnelles et affecter jusqu’à l’équilibre au sein de la famille. Cela est d’abord vrai pour le sujet de la consommation, qui devient central, qu’il soit abordé directement ou non.
La famille doit aussi, souvent, se réorganiser pour maintenir une forme d’équilibre malgré les conséquences de la consommation. Des rendez-vous peuvent être oubliés, des engagements non tenus ou des responsabilités délaissées, ce qui entraîne des difficultés professionnelles, administratives ou financières.
Du point de vue du ou de la conjoint·e, cette réorganisation peut impliquer la prise en charge de plus de responsabilités; comme travailler davantage pour compenser les pertes financières ou s’occuper seul·e des enfants.
Les conséquences sur les enfants

Quel que soit leur âge, les enfants sont particulièrement sensibles au climat familial, même lorsqu’ils ne comprennent pas précisément ce qui se passe. Face à des tensions, des absences ou de la violence, leurs réactions peuvent être très différentes. Alors que certain·es deviennent particulièrement sages et discret·es afin de ne pas ajouter de difficultés, d’autres expriment leur mal-être par de la colère, de l’agitation ou des conduites à risque.
Certains enfants assument également des responsabilités qui ne correspondent pas à leur âge : protéger un parent, s’occuper de leurs frères et sœurs, surveiller l’état de l’adulte ou tenter de maintenir la paix dans la famille. On parle parfois de « parentification ». Même lorsque l’enfant semble très autonome voire peu affecté·e par la situation, cette responsabilisation est lourde à porter.
La perte de confiance progressive
Tout cela peut amener, finalement, à une fragilisation progressive de la confiance des proches. Face aux conséquences visibles et réelles, il peut devenir difficile de croire la personne. Cela peut mener à de l’incertitude, voire à de la méfiance, ce qui participe à dégrader encore plus les relations et mener à un désinvestissement de certain·es proches.
Perte de confiance n’implique pas, toutefois, perte de l’attachement. La colère, l’anxiété ou encore l’inquiétude constituent des émotions adaptées à la situation, et n’empêchent pas de continuer à aimer son ou sa proche.
Quand aide et adaptation finissent par prendre toute la place
En tant que proche, il est logique de souhaiter agir pour faire face à la situation difficile que constitue l’abus d’alcool d’un proche. On peut ainsi commencer à excuser les absences, réparer les erreurs, prendre en charge davantage de responsabilités ou encore surveiller et tenter d’influer à la baisse sur la consommation.
Mais parfois, ces comportements se pérennisent et commencent à prendre toute la place dans la vie des proches. Pour les définir, on utilise parfois le terme de “codépendance”, c’est-à-dire une forme de surinvestissement visant à compenser les conséquences de la consommation.
Sur le court terme, cela a en général plusieurs buts : protéger son ou sa proche, préserver ses enfants, maintenir l’équilibre familial, garder une relation à laquelle on tient… L’intention qui les sous-tend est clairement positive.
Pour autant, ces comportements présentent deux risques principaux. D’abord, celui de s’oublier soi, de sacrifier son bien-être et sa santé, physique et mentale, avec des risques importants à moyen ou long terme. Ensuite, elles peuvent également atténuer les conséquences immédiates de la consommation pour la personne ayant une consommation problématique, la maintenant ainsi involontairement dans ses difficultés.
Alcool et violence
L’un des impacts possibles de la consommation d’alcool sur l’entourage est la violence, en particulier mais pas uniquement au sein du foyer familial. Si l’alcool ne rend pas nécessairement violent, il constitue un facteur aggravant de par ses effets (désinhibition, impulsivité, dérégulation émotionnelle). Quoiqu’il en soit, si l’alcool peut expliquer en partie la survenue de ces violences, il ne les excuse en rien : c’est toujours la personne qui exerce la violence qui en est responsable.
L’irritabilité et l’agressivité que nous avons évoquées plus tôt peuvent progressivement escalader, pour aller jusqu’à des violences verbales. Ces violences peuvent prendre différentes formes : dénigrement, insultes, menaces, humiliation. Elles peuvent avoir un impact psychologique réel sur les proches, visé·es directement ou non par ces violences.
Les violences psychologiques peuvent quant à elles prendre des formes variées : culpabilisation, chantage affectif, manipulation, voire intimidation ou contrôle coercitif. Dans certains cas, elles s’accompagnent aussi d’un isolement progressif de la personne vis-à-vis de sa famille et de ses amis, en limitant ou en influençant ses contacts sociaux. Notons toutefois que ces violences peuvent également avoir lieu en dehors de toute consommation d’alcool.
Dans les situations les plus graves, des violences physiques ou sexuelles peuvent survenir. En cas de danger, la priorité n’est pas de convaincre ou de raisonner une personne fortement alcoolisée, mais de se mettre en sécurité, ainsi que les enfants éventuels. Il peut être nécessaire de quitter les lieux, de rejoindre une personne de confiance ou de contacter les services d’urgence et les dispositifs spécialisés.
D’autres formes de violence peuvent aussi exister, notamment économiques ou administratives : privation d’argent, confiscation de documents, endettement imposé ou contrôle des démarches et des ressources. Les enfants présents au domicile peuvent être directement visés, intervenir pour protéger un adulte ou être profondément affectés par les violences auxquelles ils assistent.
Face à la violence, qu’elle soit verbale ou psychologique…
Les conséquences sur le bien être physique et psychologique des proches
Vivre auprès d'une personne ayant une consommation problématique d'alcool peut être éprouvant sur le plan psychologique, émotionnel et parfois physique. Les conflits répétés, l'incertitude ou les difficultés du quotidien peuvent progressivement épuiser les proches, même lorsqu'ils mettent toute leur énergie à aider la personne.
Épuisement psychologique et émotionnel
Vivre durablement dans l’inquiétude et l’incertitude peut conduire à un état d’alerte presque permanent. En étant hypervigilant·e à l’humeur de la personne qui consomme, en cherchant des signes de consommation, en anticipant les conflits ou en préparant des solutions en cas de problème, on est amené.e à mobiliser beaucoup d’énergie, jusqu’à l’épuisement.
Avec le temps, peuvent apparaître de l’irritabilité, des difficultés de concentration, une perte de confiance en soi, de l’anxiété, un sentiment d’impuissance ou même des symptômes dépressifs (tristesse, abattement, perte de plaisir). Les proches peuvent se sentir découragé·es et épuisé·es par les conflits répétés et les efforts nécessaires pour maintenir le fonctionnement de la famille.
La honte et la culpabilité sont également fréquentes, et peuvent être renforcées par les comportements de codépendance dont on a parlé précédemment. On peut ainsi ressentir la honte du regard des autres, mais aussi la culpabilité de ne pas réussir à sauver son ou sa proche, de ressentir de la colère ou encore d’envisager de prendre de la distance.
Épuisement psychologique et stress physique
Bien souvent, les symptômes d’épuisement psychologique sont accompagnés de symptômes physiques de stress. Cela peut prendre de très nombreuses formes. Ainsi, quand certain·es vont ressentir une grande fatigue physique, d’autres auront des troubles du sommeil ou de l’alimentation. Il est également possible de ressentir des tensions musculaires récurrentes ou des troubles digestifs.
Isolement social
Face à la situation, on peut progressivement renoncer à des sorties, éviter d’inviter des personnes chez soi ou dissimuler la situation, par peur d’être jugés. Certaines relations s’éloignent, faute de disponibilité ou parce qu’il devient difficile d’expliquer les absences et les incidents. Le problème d’alcool peut ainsi devenir un secret familial particulièrement lourd à porter.
Cet isolement social peut aussi être renforcé par l’épuisement personnel, qui découle des nombreuses responsabilités supplémentaires que l’on a été amené·e à prendre, ainsi que de l’épuisement physique et psychologique qui les accompagnent.
| À retenir : De nombreuses conséquences peuvent résulter de la consommation d’un proche. Des tensions et certaines formes de violence peuvent émerger, se répercuter sur l’équilibre familial et les enfants, et mener progressivement à une perte de confiance envers le proche concerné. En tant que témoin de cette situation, vous pouvez être tenté d’atténuer les difficultés liées à sa consommation. Cependant, vous risquez ainsi de faire plus de mal que de bien. Les conséquences sur le bien-être des proches sont également réelles, avec un risque d’épuisement et d’isolement qu’on ne peut négliger. |