Pourquoi parler de modération ?
Pendant longtemps, la prise en charge des troubles liés à l’alcool s’est construite autour d’une approche centrée sur le produit. L’alcool étant considéré comme la cause du problème, son arrêt complet et durable était alors présenté comme la principale, voire la seule, voie vers la guérison. L’abstinence constituait ainsi l’objectif thérapeutique de référence, et toute reprise de consommation pouvait être considérée comme une rechute.
Cette approche a progressivement évolué. L’abstinence ne constitue pas nécessairement un objectif adapté à toutes les personnes. Certaines rencontrent des difficultés à la maintenir, tandis que d’autres ne souhaitent pas arrêter complètement leur consommation. La prise en charge s’est donc progressivement élargie pour s’intéresser davantage à la personne et à son usage de l’alcool, en tenant compte de la quantité consommée, de la fréquence et du contexte dans lequel l’alcool est consommé.
Cette évolution a permis de diversifier les objectifs thérapeutiques. L’abstinence reste une option, mais elle n’est plus nécessairement le seul objectif envisageable. La modération et la réduction des risques constituent également des approches permettant de diminuer les conséquences liées à l’alcool et d’améliorer la qualité de vie.
→ en savoir plus sur les différents types de consommation.
Définition de la modération
D’après la Centrale nationale de coordination des addictions (s. d.), la modération de la consommation d’alcool repose sur la définition de règles et d’objectifs permettant d’encadrer et de maîtriser sa consommation. Cette démarche consiste notamment à planifier sa consommation, à en limiter les quantités et à modifier certaines habitudes.
Les objectifs peuvent porter sur différents aspects de la consommation : le nombre de jours sans alcool, les quantités consommées, leur répartition dans le temps, mais également les moments, les lieux ou le contexte social dans lesquels l’alcool est consommé. Ces objectifs sont généralement définis sur une base hebdomadaire, mais peuvent être adaptés à la situation de chaque personne et s’inscrire sur des périodes plus longues.
Situations favorables à la modération
Même si la consommation contrôlée peut constituer un objectif thérapeutique, elle n’est pas adaptée à toutes les situations. Certains facteurs peuvent néanmoins favoriser cette approche et augmenter les chances de parvenir à réduire durablement sa consommation d’alcool.
La modération peut notamment être plus facilement envisagée lorsque :
- La consommation problématique est relativement récente ;
- Il n’y a pas de dépendance physique ni de symptômes de sevrage importants ;
- Les conséquences sur la vie quotidienne, professionnelle ou sociale restent limitées ;
- Les épisodes de perte de contrôle sont peu fréquents ;
- Une réduction ou un contrôle de la consommation a déjà été possible par le passé ;
- La personne a confiance dans sa capacité à atteindre les objectifs fixés ;
- La consommation excessive se limite à certaines situations bien identifiées ;
- L’entourage social est soutenant ;
- La situation professionnelle et psychologique est relativement stable.
Ces éléments ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de déterminer si la modération est adaptée. Ils ne constituent pas non plus une liste exhaustive. Une évaluation individuelle par un·e professionnel·le peut être particulièrement pertinente lorsque la consommation est importante, ancienne ou associée à des signes de dépendance.
Les bénéfices de la modération
Selon Praticien Addiction Suisse (2023), la modération permet d’envisager une autre manière de réduire les risques liés à l’alcool pour les personnes qui ne souhaitent pas ou ne se sentent pas prêtes à arrêter complètement de boire.
Le fait de définir soi-même des objectifs adaptés à sa situation peut également faciliter la motivation et l’engagement dans un changement durable. Ces objectifs peuvent être fixés seul, à condition de bien connaître ses habitudes de consommation, ou avec l’accompagnement d’un·e professionnel·le.
La réduction de la consommation peut également apporter différents bénéfices dans la vie quotidienne. Parmi ceux rapportés par les personnes ayant adopté une consommation plus modérée, on retrouve notamment la possibilité de réaliser des économies, de retrouver un meilleur sommeil, d’avoir davantage d’énergie au quotidien, de favoriser une perte de poids, d’améliorer la concentration, d’avoir une peau plus saine, d’être moins irritable et d’éviter la “gueule de bois” les lendemains de fête (Alcool Info Service, 2024).
Où trouver de l’aide ?
Les personnes qui s’interrogent sur leur consommation d’alcool, souhaitent la réduire ou modifier certaines habitudes peuvent bénéficier d’un accompagnement adapté à leur situation.
Différentes formes d’aide sont disponibles, qu’il s’agisse d’obtenir des informations, de faire le point sur sa consommation ou de bénéficier d’un accompagnement par un·e professionnel·le.
Cliquez ici pour en savoir plus sur les possibilités d’accompagnement.
| À retenir : la modération comme réponse aux troubles liés à l’usage de l’alcool considère davantage la personne et son mode de consommation, et peut être envisagée lorsque l’abstinence n’est pas adaptée à certaines personnes. Ainsi, l’abstinence n’apparaît plus nécessairement comme la seule réponse possible. Une consommation modérée peut ainsi présenter des avantages sous certaines conditions, mais il importe de souligner qu’elle n’est pas adaptée à tous les contextes ni à toutes les personnes. |