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Les effets de l'alcool

Les cercles vicieux : quand la consommation s’entretient elle-même

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Parfois, une consommation d’alcool peut devenir de plus en plus difficile à maîtriser alors même que ses conséquences deviennent de plus en plus visibles. Une consommation fréquente et importante peut entraîner plusieurs mécanismes qui se renforcent mutuellement. Pour expliquer cela, le psychiatre hollandais Kuno Van Dijk décrit quatre de ces mécanismes qu’il qualifie de « cercles vicieux »

Le cercle physique et cérébral

Avec une consommation répétée et importante, le corps et le cerveau s’adaptent progressivement à l’alcool. Une tolérance à l’alcool peut alors apparaître, ce qui signifie que pour ressentir les mêmes effets, le corps aura besoin d’augmenter les quantités consommées.

Lorsque l’alcool diminue dans l’organisme, des symptômes de sevrage peuvent également apparaître. Ils peuvent être accompagnés d’une forte envie de boire, appelée craving, qui pousse à consommer à nouveau pour retrouver un état plus confortable.

→ En savoir plus sur les symptômes de sevrage et le craving.

À plus long terme, une consommation importante peut également affecter le fonctionnement du cerveau, notamment la mémoire, le jugement, la capacité à prendre du recul et le contrôle des impulsions. Il peut alors devenir plus difficile de reconnaître les conséquences de sa consommation ou de mettre en place un changement.

Le corps et le cerveau peuvent ainsi contribuer à entretenir la consommation : on boit pour retrouver certains effets, éviter un malaise ou répondre à une envie devenue difficile à contrôler. Cela a pour conséquence de maintenir, voire d’augmenter le besoin futur d’alcool, etc.

Le cercle psychologique

La consommation excessive peut avoir des conséquences sur l’image que l’on a de soi. Des regrets, de la culpabilité ou de la honte peuvent alors apparaître, qui peuvent elles-mêmes conduire à boire à nouveau pour essayer de les oublier ou de les atténuer. Autrement dit, la honte ou la culpabilité génère un besoin de consommer, qui entraîne lui-même davantage de honte, entretenant et renforçant la consommation.

Un autre mécanisme peut aussi s’installer lorsque l’alcool est utilisé pour faire face à de l’anxiété, de la tristesse ou à d’autres difficultés psychologiques. L’alcool peut ainsi apporter un soulagement dans un premier temps, mais la consommation répétée risque ensuite de renforcer ces difficultés. Ce qui soulage momentanément peut donc contribuer à entretenir le problème à plus long terme.

Le cercle social

L’alcool peut également avoir des conséquences sur les relations, la famille et la vie professionnelle : conflits, difficultés au travail, problèmes financiers, isolement ou perte de confiance de l’entourage. Ces difficultés peuvent générer du stress, de la solitude ou un sentiment d’échec, qui peuvent à leur tour renforcer l’envie de boire.

Progressivement, certaines personnes peuvent également se rapprocher davantage de personnes qui consomment beaucoup. Elles se sentent alors moins jugées et n’ont plus besoin de justifier leur consommation, mais risquent en même temps de s’éloigner de leur entourage habituel.

Des cercles qui s’alimentent

Ces différents mécanismes ne fonctionnent pas indépendamment les uns des autres. Un cercle peut en déclencher ou en renforcer un ou plusieurs autres.

Par exemple, une consommation importante peut entraîner une tolérance et une forte envie de boire. La consommation qui en découle peut provoquer des problèmes relationnels, qui génèrent à leur tour du stress et de la culpabilité. Pour soulager ces émotions, la personne peut alors avoir davantage envie de boire.

Avec le temps, ces mécanismes peuvent se renforcer et devenir des freins à une demande d’aide professionnelle. La honte, la crainte d’être jugé·e ou étiqueté·e « alcoolique », le désir de rester anonyme ou les hésitations face au changement peuvent freiner une première démarche. À cela s’ajoutent parfois des difficultés à savoir vers qui se tourner, une offre de soins perçue comme complexe et un repérage encore insuffisant des difficultés liées à l’alcool par les professionnel·les de première ligne. 

Les données disponibles montrent que seule une minorité des personnes présentant un trouble lié à l'usage d'alcool bénéficie d'un accompagnement professionnel, souvent après de nombreuses années d'évolution du problème. Les recherches récentes mettent davantage l'accent sur la nécessité d'un repérage et d'interventions précoces, ainsi que sur la réduction des nombreux obstacles individuels et structurels qui freinent l'accès aux soins.

Comprendre ces cercles permet justement de repérer ce qui entretient la consommation et d’identifier les points sur lesquels il est possible d’agir.

À retenir : Plusieurs cercles vicieux peuvent s’installer autour de la consommation, s’alimenter et se déclencher les uns les autres. Le cercle physique et cérébral s’installe à la suite d’une adaptation progressive du corps et du cerveau à l’alcool. Le cercle psychologique s’entretient à travers des émotions et des pensées désagréables difficiles à gérer sans alcool, tandis que le cercle social renvoie au fait que les conséquences et pertes liées à la consommation peuvent, à leur tour, renforcer la consommation.